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REDECOUPAGE TERRITORIAL EN PERSPECTIVE AU BURKINA FASO: Une arme contre l’insécurité à l’Est et dans le Sahel

by Evasion Magazine

La réforme territoriale du 2 juillet 2001 qui a créé administrativement treize régions au Burkina Faso,  sera bientôt revue et corrigée, du moins si l’on en croit les propos du Premier ministre Christophe Dabiré, tenus devant la Représentation nationale le 4 février dernier. Il ne s’agira pas d’une boucherie territoriale ni d’un charcutage du pays à des fins électoralistes comme pourraient l’imaginer certains esprits rétifs, mais d’un redécoupage de certaines parties du territoire national pour un meilleur maillage  sécuritaire et pour une gestion administrative plus efficace de ces zones dont les populations se sentent de plus en plus délaissées par l’Etat. Plutôt donc que d’engager une refonte complète de notre organisation territoriale, qui pourrait s’avérer extrêmement coûteuse et même risquée, il s’agira de faire quelques ajustements reposant sur la réduction de la taille des régions aux périmètres trop étirés, et sur la correction des inégalités et des disparités entre les différentes entités qui les composent. Dans cette optique, et au regard de la situation actuelle de notre pays, c’est la région de l’Est et celle du Sahel qui pourraient être prioritairement concernées par ce remodelage annoncé, en raison du chaos sécuritaire qui y règne du fait des groupes armés, mais aussi de l’absence de l’Administration dans la majeure partie de ces régions, qui les rend davantage vulnérables à la misère et aux discours populistes des terroristes. C’est vrai que pour ce qui est de la région de l’Est, l’idée de l’éclater en plusieurs autres entités territoriales  ne date pas de la dernière campagne électorale et du discours du président Roch Marc Christian Kaboré y afférent, car elle avait été à chaque fois remise aux calendes grecques parce que dans certains milieux, l’on craignait, à tort ou à raison, que des barons locaux n’en profitent pour mettre en place des cartes administratives dessinées sur la base de considérations électoralistes.

 

Espérons que la reconfiguration territoriale en perspective sera salutaire pour notre pays

 

A vrai dire, le projet de redimensionnement de la région de l’Est, par exemple, avait été proposé aux autorités du Burkina dès le début de la décennie 2000, mais il était resté dans les limbes pour les raisons  précédemment évoquées. La chose a été récemment remise au goût du jour, pour ainsi dire, en raison de la présence massive de groupes terroristes dans les aires protégées de cette région qui se trouve être la plus étendue du Burkina (17% du territoire national), et qui, à elle seule, dépasse la superficie de la Gambie et du Cap-Vert réunis. La solution militaire  ayant visiblement fait flop malgré les opérations de ratissage de nos vaillants soldats, il était nécessaire d’envisager d’autres moyens de lutte contre la criminalité sous toutes ses formes dans les provinces de cette vaste région. L’un des moyens les plus efficaces est certainement le rapprochement de l’administration de l’administré, avec en prime, la mise en place de projets structurants et de programmes de développement spécifiques à chaque nouvelle région qui sera créée. Tout cela contribuera à réduire les inégalités, et subséquemment,  les frustrations des populations de Diapaga et de Bogandé qui se sentent plus que jamais abandonnées à leur propre sort, alors que la capitale régionale, Fada N’Gourma, bénéficie à elle seule, de tous  les avantages liés à son statut (infrastructures du 11- Décembre, Hôpital régional, Université…). Ce sentiment d’abandon va crescendo depuis quelques années, notamment depuis que des terroristes qui surfent justement sur ces frustrations, ont investi les lieux avec une relative facilité, aidés en cela par une nature verdoyante, par l’absence de l’Etat et par la résignation, pour ne pas dire la complicité passive des populations totalement impuissantes. Si la loi portant redécoupage du territoire national venait à être votée, le Burkina comblerait un tant soit peu le déficit de présence étatique très préjudiciable au développement socioéconomique de l’hinterland.  Mais si la nécessité d’une réforme administrative apparaît très clairement aujourd’hui avec la montée des périls, son opérationnalisation et son bon fonctionnement restent  tributaires des moyens que l’Etat voudra y mettre, et de l’adhésion des populations concernées. Espérons que la reconfiguration territoriale en perspective dans ce contexte de crise sécuritaire et financière, sera salutaire pour notre pays, et non pas porteuse de risques de mal gouvernance et notamment de gestion prédatrice de nos maigres ressources. Le gouvernement devra donc être regardant sur la moralité des futurs responsables des entités administratives qui seront créées, et veiller à ce que les objectifs de départ ne soient pas dévoyés pour des intérêts personnels ou claniques. A bon entendeur…

 

PK

 

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