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PAPITOU, HUMORISTE IVOIRIEN « Que Dieu me donne la santé et l’argent pour que j’arrête de louer des maisons »

Humoriste talentueux, il est le chouchou des petits mais aussi des grands. L’homme a fait pleurer les Ouagalais de rire lors de sa prestation au CENASA le 5 avril 2019, dans le cadre du Festival international du Rire et de l’humour de Ouagadougou (FIRHO). C’est au lendemain de cette époustouflante soirée VIP que nous avons rencontré Germain Koloko, puisque c’est de lui qu’il s’agit. Plus connu sous le nom de Papitou, cet humoriste ivoirien s’est prêté volontiers à nos différentes questions portant, entre autres, sur ses premiers pas dans l’humour, ses meilleurs et ses mauvais souvenirs, ses projets, le regard critique qu’il porte sur l’organisation du 12e FIRHO, l’appréciation qu’il fait des humoristes burkinabè.  Bref, c’est une pile de questions à laquelle Papitou a apporté des éléments de réponse. Tout en appréciant le talent des humoristes burkinabè, il estime que le secret du succès, c’est le travail. Papitou se dit également choqué par la situation que vit le Burkina et demande à ceux qui l’attaquent, d’arrêter de le faire car, le pays des hommes intègres veut vivre paisiblement comme toute autre nation. Lisez plutôt.   

 

‘’Evasion’’ : Depuis quand êtes-vous dans l’humour ?

 

Papitou : C’est depuis 1991 que j’ai commencé en tant qu’amateur humoriste. Je participais à une grande émission dénommée Alokodrom qui était animée par Tonton Bouba sur Fréquence 2.

 

Pourquoi avez-vous choisi l’humour comme métier ?

 

C’est par pure passion, parce que mes parents, sans les connaître, étaient des comédiens hors pair. Donc, c’est inné parce que je ne suis pas passé par une école professionnelle pour apprendre l’humour. Je l’exerce par passion.

 

Vivez-vous de votre art ?

 

Bien sûr, si je suis au Burkina, c’est bien grâce à l’humour. Si je suis aux côtés de notre maman, (ndlr, il s’agit de Augusta Palenfo), c’est que l’art nourrit son homme. Ici au Burkina, Augusta Palenfo est une grande dame qui apporte beaucoup aux Burkinabè sur le plan culturel. C’est une chance pour moi d’être à ses côtés.

 

Quels sont vos meilleurs et vos mauvais souvenirs ?

 

Mon mauvais souvenir, c’est quand j’ai été arrêté par un policier au cours d’une de mes prestations à Bouaké. En effet, lorsque j’y prestais sur scène, j’ai dit ceci avec une petite voix au policier : « Nous sommes des enfants, allez-y sur la route, c’est là-bas qu’il y a des fliqués, vous pouvez les contrôler ».  Le policier a pris cela en mal et a appelé du renfort qui est venu me chercher pour aller n’enfermer à la préfecture. Etant là-bas, Barthélemy Nabo qui est l’un des grands animateurs de Côte d’Ivoire, est venu me faire sortir. C’est un très mauvais souvenir pour moi. 

Mon meilleur souvenir, c’est quand on m’a dit que je devais partir en France pour prester dans le cadre de Bonjour 2014. Mes parents étant pauvres et ne pouvant pas payer le billet d’avion, je me demandais si je n’étais pas en train de rêver. Jusqu’à ce que je sois dans l’avion, je n’étais toujours pas convaincu parce qu’on pouvait venir me dire que la place que j’occupe, ne m’est pas destinée. Et par conséquent, me faire descendre. Donc, je priais pour que l’avion décolle rapidement. Et même quand l’avion a survolé la Côte d’Ivoire et est arrivé au Togo, j’avais toujours peur parce que je me disais qu’on pouvait toujours me faire descendre. C’est quand l’avion a atterri à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle que j’ai dit ouf, nous sommes à Paris. Ce voyage est un très bon souvenir pour moi.

 

On sait que vous voyagez beaucoup, dites-nous quel est votre secret?

 

Mon secret, c’est le travail. Bien que j’aie un certain âge, j’imite les enfants que je peux mettre au monde. Souvent, je suis moi-même étonné. Vous avez dû constater que je suis tombé sur la scène avec les enfants. Un grand-père comme moi que l’on fait tomber parce qu’il est en train d’amuser les gens, mais, c’est de l’art. 

 

Comment avez-vous apprécié la chaleur burkinabè lors de votre prestation ?

 

D’abord, le premier spectacle a été un grand succès pour moi. Depuis que j’ai commencé à prester, que ce soit à Abidjan ou ailleurs, c’est le Burkina qui m’a le plus souri. Et je voudrais tirer mon chapeau à maman Augusta parce que je ne m’attendais pas à une telle réaction du public. Quand elle m’a dit qu’un beau monde m’attend, il a fallu que je me prépare pour lui offrir un beau spectacle.

Face à un public VIP, il faut savoir que ce ne sont pas des enfants qu’on peut maîtriser. Et là, soit votre carrière décolle, soit elle prend un coup. Conscient de cela, il fallait que je donne le meilleur de moi-même et je pense que j’ai donné un beau spectacle à ce public VIP.

 

Quelle appréciation faites-vous des humoristes burkinabè ?

 

Parmi les humoristes burkinabè, il y en a qui sont solides. Même Johness qui a animé la soirée était excellent. Je l’ai découvert avec beaucoup de talents et d’humour lors des Ouistiti d’or, avec son groupe Génération 2000. Ils sont bons et je les admire. Bien sûr, il y a aussi des amateurs et ceux qui veulent devenir meilleurs, doivent s’armer de courage et travailler dur. On ne vient pas dans l’humour parce qu’on a un petit contrat du quartier ou parce qu’on veut sortir à la télé. La télé peut booster votre carrière comme elle peut aussi la briser. Quand on vient dans  l’art, on doit savoir que c’est un métier. C’est comme le ministre qui va au bureau. Notre bureau, c’est la maison où on s’enferme pour travailler.

 

Avez-vous des attaches particulières au Burkina où vous êtes fréquent ?

 

Oui, grâce à l’art, Salif Sanfo est devenu comme mon tuteur à Ouaga. Augusta Palenfo est devenue également comme ma mère ici au Burkina. Les deux sont devenus comme mes parents. Grâce à eux et au travail aussi, je peux être régulier ici au Burkina Faso.

 

Quel regard critique portez-vous sur l’organisation de la 12e édition du FIRHO ?

 

C’est la première fois que je participe à ce festival qui est à sa 12e édition. Mais, je trouve que le festival s’est bien déroulé. En tout cas, je n’ai pas de grief à l’endroit du comité d’organisation. Toutes les commodités ont été mises à notre disposition. Mais si l’année prochaine maman Augusta peut encore redoubler d’efforts, ce serait bien. Peut-être qu’au lieu de chambres, ce sera des Suites  avec femme devant (éclats de rire).

  

Pensez-vous que l’humour peut constituer un facteur de renforcement des relations entre le Burkina et la Côte d’Ivoire ?

 

Bien sûr, l’humour est un facteur de rapprochement entre les peuples, d’amitié et de loisir. Aujourd’hui, je suis fier de voir Johness. Quand on échange, c’est comme si on avait fait des mois ou des années ensemble. L’humour constitue une famille et c’est ce que maman Augusta veut mettre en exergue à travers le FIRHO. A travers l’humour, j’ai connu le Tchadien, le Camerounais, le Malien et on s’amusait comme si on se connaissait il y a longtemps. Maman Augusta n’a pas voulu se focaliser sur les artistes burkinabè mais elle a élargi le festival à d’autres humoristes et cela est une excellente chose.

 

Le Burkina fait face aujourd’hui à des attaques terroristes. Pensez vous que l’humour peut être une arme contre le terrorisme ?

 

Tout à fait. Ce qui arrive au Burkina nous choque. Nous-mêmes ne sommes pas totalement sortis de cette situation. Hier, quand j’ai vu des gens sortir pour s’amuser, j’étais heureux parce que c’est ce qu’on recherche au lieu de sortir tuer. Je demande pardon, qu’on laisse les Africains vivre. Arrêtons de nous tirer dessus, parce que cela ne fait pas avancer l’Afrique. Si on va toujours écouter l’Occident, on va s’entre-tuer pour rien. Que ceux qui attaquent le Burkina arrêtent de le faire, parce que le pays des hommes intègres veut vivre paisiblement comme tout autre pays. 

 

Quels sont vos projets à court, moyen et à long termes ?

 

Mes projets sont, entre autres, de bâtir une maison pour mes enfants. Et je souhaite que Dieu me donne la santé et l’argent pour que j’arrête de louer des maisons. Dans l’art, il n’y a pas de retraite mais, si les membres du groupe ne tiennent plus, c’est la retraite. Donc, que Dieu nous donne les moyens de construire pour les enfants. Je n’ai pas besoin de voiture parce que j’en ai déjà. Mais, je veux construire une maison pour ma progéniture. L’ex-président Henri Konan Bédié m’a promis une maison mais cela fait 4 ans que j’attends. Peut-être que c’est maintenant qu’ils sont en train de confectionner les briques mais j’attends (éclats de rire).

 

Quelle est votre situation matrimoniale?

 

Pour le moment, je ne suis pas marié mais, je vis avec une femme qui m’a fait   des enfants : quatre filles et un garçon. Mais je peux toujours procréer (éclats de rire).

  

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre métier ?

 

Les difficultés que nous rencontrons, sont liées au paiement de nos cachets. Quand on discute avec un promoteur et qu’on arrête un montant, dès qu’on est sur scène, on ne peut plus lui parler. Même le manager ne peut plus l’attraper. Cette situation fait que j’ai abandonné des cachets dans les mains de certains promoteurs. Tout travail mérite salaire. C’est pourquoi on exige maintenant qu’on nous paie avant qu’on ne monte sur scène.

 

Un mot pour clore cet entretien?

 

Je pense que le groupe de presse les Editions « Le Pays » est un organe de presse qui se fait respecter et s’il nous a dépêché un journaliste de talent, c’est que les questions essentielles ont été posées. Pour moi, tout a été dit. Je suis prêt à revenir au Burkina où mes contacts sont maman Augusta et Salif Sanfo.

 

Interview réalisée par Dabadi ZOUMBARA     

  

     

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