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ODILIA YONLY, COMEDIENNE: «Le théâtre m’a rendue pauvre »

Mme Congo née Odilia Yonly communément appelée Mme M’Ba Bouanga est une comédienne qui a crevé l’audimat il y a de cela plusieurs années. Née à Fada N’Gourma dans l’Est du Burkina, elle est originaire de Tansarga dans la province de la Tapoa. Mère de six enfants, cette comédienne hors pair a été faite chevalier de l’Ordre de mérite en 2006. Dans cette interview qu’elle a bien voulu nous accorder, elle nous ramène au début de sa carrière, nous fait vivre les différentes étapes de sa vie artistique, lève le voile sur sa situation matrimoniale et son histoire avec Hippolyte Ouangraoua dit M’Ba Bouanga et bien d’autres surprises. Lisez plutôt !

 

Evasion : Que devient Odilia Yonly ?

 

Odilia Yonly : Je n’ai pas changé, je suis ce que j’ai toujours été.

 

Vous venez d’arriver des USA, dans quel cadre se situait ce voyage ?

 

J’ai mes filles qui y sont, il y a la cadette qui devait accoucher et je suis partie pour l’assister, elle réside à Houston dans le Texas. Sa grande sœur réside à Philadelphie, elle aussi a accouché et j’ai continué là-bas.

 

Comment êtes-vous venue au théâtre ?

 

Vraiment, moi-même, je me pose souvent la question. J’ai fait mon école primaire à Koupèla à la mission catholique et ce sont les sœurs religieuses qui nous enseignaient. Je ne peux pas dire que je suis née comédienne ou que c’est l’école qui m’a enseignée le théâtre, mais ce qui est sûr, j’aimais faire la comédie. Lors de nos vacances, les sœurs nous apprenaient à faire des devinettes et les sketchs. Et c’est ainsi que nous avons monté une pièce de théâtre, je m’en souviens comme si c’était hier. Le titre de la pièce était « Les martyrs de l’Ouganda » et c’était en 1966.

 

Et votre passage à l’Atelier théâtre burkinabè (ATB) ?

 

Je faisais le théâtre radiophonique à l’époque, j’ai commencé le théâtre en 1976. On avait un voisin qui travaillait dans la fonction publique, paix à son âme, il s’appelait Kaba Mory. Il a commencé avec feu Sotuigui Kouyaté, Sou Jacob et d’autres. Je ne peux pas tous les citer. Un jour Kaba est venu me proposer de les rejoindre sur les planches. A l’époque, je travaillais à l’Institut national de l’éducation qui est devenu aujourd’hui le lycée Bogodogo. Il y avait deux troupes, l’ATB et la troupe de feu Jean Pierre Guingané. L’ATB est venu vers moi pour savoir si je pouvais intégrer la troupe et comme je logeais à Gounghin, non loin de cette troupe, je l’ai intégrée en 1992.

 

Comment vous êtes-vous retrouvée au cinéma ?

 

J’ai joué mon premier rôle en 1986 dans  « L’aube nouvelle » de Thomas Sankara. Le vrai grand rôle qu’on m’a confié, c’était en 1988 par Gaston Kaboré, dans le film « La maladie du sommeil ». Le cinéma est venu naturellement vers moi.

 

Peut-on dénombrer les films dans lesquels vous avez joué ?

 

Si je dis que je connais leur nombre, j’ai menti. Souvent même, je vois certaines de mes scènes à la télé et me demande en quelle année j’ai joué dans le film. Je ne saurai vous dire le nombre de films dans lesquels j’ai joué.

 

Quelle est votre histoire avec M’Ba Bouanga ?

 

(Eclats de rire) … Mon histoire avec M’Ba Bouanga a débuté à l’ATB. A chaque saison, on partait dans une province pour faire des créations pour l’année. On était subdivisé en groupes. On s’est retrouvé dans le même groupe et on a monté la pièce intitulée « La famille ». C’est moi qui l’ai surnommé M’Ba Bouanga, parce que dans la pièce que nous avons montée, il avait trop de problèmes. Donc, j’ai dit que seul un âne peut recevoir tous ces coups de la vie et les supporter. Voilà la petite histoire.

 

Pensez-vous que le théâtre vous a nourrie ou vivez-vous de votre art ?

 

Le théâtre ou le cinéma m’a rendue pauvre. D’abord, j’ai été fonctionnaire de l’Etat et j’utilisais le reste de mon temps pour faire le théâtre ou le cinéma. Je ne peux pas dire que je vis de mon art. Quand je dis aux gens que souvent je ne peux même pas avoir 500 F CFA dans mon sac, ils ne me croient pas et me disent que je suis avare. Et je ne peux pas aussi aller vers eux pour demander de l’aide. Donc, je suis pauvre.

 

Avec quel réalisateur avez-vous signé votre plus gros cachet ?

 

C’était avec la réalisatrice Kady Joly, je suis désolée car je ne pourrai pas vous dire le montant.

 

Quelle est votre situation matrimoniale ?

 

Je suis mariée, j’ai six enfants et dix petits-fils.

 

Comment arrivez-vous à concilier votre vie professionnelle et celle de femme au foyer ?

 

Toute harmonie familiale repose sur la confiance entre les deux conjoints. C’est vrai que j’ai reçu des coups, mais comme je suis passionnée de cet art, j’ai continué à le pratiquer, car je sais que tôt ou tard je vais en bénéficier.

 

Quels sont vos conseils pour la jeune génération ?

 

Les jeunes sont pressés. A notre temps, il n’y avait pas l’argent. Notre richesse était de s’entendre à la radio ou de se voir à la télé. Je prends un exemple, l’ATB s’est rendu à Rio de Janeiro en 1993, on y a fait un mois jour pour jour, mais même 500 F CFA, on n’a pas reçu. J’étais obligée de vendre mes pagnes pour pouvoir acheter des cadeaux pour mes proches restés à Ouagadougou. Mais, j’ai connu un pays où des gens plus importants que moi n’y sont pas allés. L’argent vient après.

 

Quelles sont les difficultés que rencontre une femme dans votre métier ?

 

Elle rencontre toutes sortes de problèmes. On est marginalisé, on nous traite de femmes légères. Moi, j’en ai subi tout en sachant bien que je ne suis pas ainsi. Heureusement, je suis issue d’une famille d’artistes, mon grand frère était un bassiste de l’harmonie voltaïque, c’est le père de l’artiste Youmali, mon papa était un danseur et ma maman chantait.

 

Pensez-vous souvent à la retraite ?

 

Tant que j’ai le souffle, je vais continuer à pratiquer mon métier, car il n’y a pas de retraite pour un comédien. Même dans la tombe, on continue de faire la comédie avec les termites.

 

Un mot pour clore cet entretien ?

 

Je demande aux autorités en charge de la culture de penser à nous les anciens. Même si ça doit passer en conseil des ministres, il nous faut une retraite, nous ne voulons pas que ce soit pendant que nous seront couchés qu’elles viendraient nous voir.

 

 

Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON

 

 

 

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