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Mme PARKOUDA LUCIENNE, PROMOTRICE CULTURELLE ET MECENE: « J’ai ramassé des fagots de bois pour vendre, du sable aussi »

Mme Parkouda née Nadambèga Lucienne est une promotrice culturelle et mécène hors pairs très discrète. Il a fallu cravacher très fort pour lui arracher cette interview car elle préfère rester dans l’ombre pour soutenir les jeunes talents et faire valoir son savoir-faire. Née à Baskouré à quelques kilomètres de Koupèla dans le Kouritenga d’où elle est originaire, elle abandonne l’école en classe de CP2 pour aider sa génitrice dans la production du dolo (bière traditionnelle). Voilà plus de quarante ans qu’elle s’est installée à Ouagadougou en commençante par la préparation et la commercialisation de cette boisson locale avant l’ouverture de ses espaces culturels. A travers cette interview, Mme Parkouda revient sur ses débuts, raconte les difficultés liées à son domaine d’activité, parle de son quotidien, de ses projets, aborde d’autres sujets et lève le voile sur sa situation matrimoniale. Lisez plutôt.

 

Evasion : comment allez-vous ?

 

Mme Parkouda : Je vais très bien.

 

 Pouvez-vous nous parler de vos débuts ?

 

Quand je suis arrivée à Ouagadougou, il y a plus de quarante ans, j’ai commencé par la restauration au quartier Gounghin. La gastronomie fait également partie de mes passions. Ensuite, j’ai déménagé vers Katr-yaar. Là, ça n’a pas été du tout facile pour moi. J’ai ramassé des fagots de bois pour vendre, du sable aussi et j’ai même poussé des barriques pour vendre l’eau. Cela m’a beaucoup épuisée. C’est ainsi que je suis retournée dans la vente du dolo. Et cela a commencé à beaucoup marcher et tout est parti de là.

 

Et quelle a été la suite ?

 

J’ai créé un maquis pour moderniser mon activité et promouvoir la culture de chez moi car nul ne le fera à notre place. Et c’est l’occasion pour moi d’interpeller chaque citoyen à contribuer à la valorisation de notre patrimoine culturel.

 

Vous venez d’ouvrir un espace culturel. Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

 

Au début, c’était une poubelle, un véritable dépotoir qui n’était pas loin de mon maquis. Après plusieurs démarches auprès des autorités municipales, j’ai pu réaliser ce projet qui s’inscrit toujours dans la promotion culturelle. C’est l’espace culturel « La Paix». Un cadre de rencontre des acteurs culturels et d’expressions artistiques. Cet espace permet également de déceler des talents en herbes et de les propulser au-devant de la scène. Beaucoup de jeunes ont du talent mais ils n’ont pas de moyens pour concrétiser leur rêve et il faut les soutenir.

 

Quelle est la difficulté majeure que vous rencontrez dans vos activités ?

 

Les difficultés sont énormes et nombreuses. J’ai des grands projets mais les moyens financiers font défaut. Il y a trop de taxes à payer et il n’y a pas de subvention de la part de l’Etat. Il va falloir y réfléchir et penser à nous. Si on prend l’exemple du nouvel espace que je viens de bâtir, au-delà de tout, il y a cet engagement pour la protection de l’environnement puisque c’était une poubelle. Aujourd’hui, il y fait bon vivre.

 

Et quels sont vos rapports avec les artistes musiciens ?

 

Ce sont de bons rapports. Quand on invite un artiste, il faut bien payer son cachet afin qu’il puisse vivre de sa musique. Je n’ai pas de sponsor mais j’essaie de tenir le coup.

 

Qu’avez-vous à dire aux femmes qui veulent faire comme vous ?

 

Je les encourage à faire autant. Le milieu est difficile. Il y a des femmes qui veulent se lancer dans le domaine de la promotion artistique mais qui n’ont pas les ressources nécessaires. C’est vraiment déplorable.

 

Quel est votre quotidien ?

 

J’ai un programme très chargé qui consiste à coordonner et planifier le plan du jour. Je livre les commandes à mes clients et je veille au grain pour que tout se passe bien. Je n’ai pratiquement pas le temps alors qu’il faut s’occuper de sa petite famille.

 

Que feriez-vous si un de vos enfants décidaient de suivre vos traces ?

 

(Elle éclate de rire)… C’était ma volonté mais aucun de mes enfants ne veut suivre mes traces. Ils disent que le domaine est très difficile.

 

Quels souvenirs gardez-vous de vos différents voyages à travers l’Europe ?

 

Ce sont de très beaux souvenirs. Mes voyages en Allemagne et en France m’ont beaucoup émerveillée car j’y ai beaucoup appris. Il y a eu des contacts de collaborations et tout cela, pour le bien du Burkina Faso. J’ai remarqué qu’en Europe, le secteur privé bénéficie du soutien du gouvernement alors qu’ici ce n’est pas le cas. Cela est aussi un frein à notre développement.

 

Vivez-vous de vos activités ?

 

Oui bien sûr. C’est ce qui me permet de subvenir à mes besoins et aux besoins de mes enfants ainsi qu’aux soutiens que j’accorde à certaines personnes. Dans la vie, il faut savoir partager.

 

Si l’aventure était à refaire, seriez-vous dans ce domaine ?

 

Ce n’est pas évident. Je ne pense pas. L’activité m’a assez épuisée physiquement.

 

Quelle est votre situation matrimoniale ?

 

Je suis mariée et mère de sept enfants dont un n’est plus de ce monde.

 

Votre époux n’est-il pas jaloux de vous voir entourée de beaucoup de gens et de rentrer tard la nuit ?

 

Non, pas du tout. Il me comprend dans ce que je fais.

 

Quel est votre mot de la fin ?

 

Je souhaite la paix pour mon pays. Je demande à chacun d’être un battant pour réussir dans la vie en étant franc.

 

Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON

 

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