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MICHEL K. ZONGO, REALISATEUR, PRODUCTEUR: « La chaîne de formation des cinéastes a été brisée »

Il est réalisateur, producteur  et a, à son actif, plusieurs films dont « Sibi, l’âme du violon », « Espoir voyage »,   « Sirène de Faso Fani », etc. Michel K. Zongo n’est plus à présenter au public burkinabè, notamment les cinéphiles qui ont suivi et apprécié ses films. Dans l’interview qu’il nous a accordée le 9 février 2019 à Ouagadougou, ce réalisateur de documentaire création  nous parle de son dernier film, «Pas d’or pour Kalsaka », un film documentaire en compétition officielle au prochain Festival panafricain de cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), ses projets, apprécie la politique culturelle du Burkina et lève le voile sur sa situation matrimoniale, tout en affirmant que le Burkina a des chances de remporter l’Etalon d’Or de Yennenga. Lisez plutôt !

 

« Evasion » : Comment êtes-vous arrivé dans le milieu du cinéma?

 

Michel K. Zongo : Je suis arrivé dans le cinéma par la passion de l’image. A mon enfance, à Koudougou, je regardais Pierre Yaméogo réaliser des films et cela a changé ma façon d’approcher le cinéma. Plus tard, j’ai eu envie de réaliser et je me suis initié à la caméra parce que je suis caméraman de formation. Donc, c’est par cet outil que je suis arrivé dans le cinéma en 1999.

 

Le métier nourrit-il son homme ?

 

Bien sûr, le métier nourrit son homme. C’est une question d’organisation. Pour moi, tout métier nourrit son homme pour peu qu’on soit bien organisé.

 

Combien de films avez-vous à votre actif?

 

J’ai réalisé 7 films dont 4 longs métrages et 3 courts métrages.

 

On sait que dans le cadre du cinquantenaire du FESPACO, vous avez réalisé un film. Quelle est la thématique abordée?

 

Mon dernier film qui est sélectionné au FESPACO pour la compétition officielle en catégorie documentaire long métrage est intitulé « Pas d’or pour Kalsaka ». Ce film parle de l’après exploitation des mines d’or. Au Burkina, on sait plus ou moins comment fonctionne une mine, on parle de l’existence d’une mine dans une localité, mais on ne parle pas de l’après exploitation des mines d’or, quand une mine est fermée. Et Kalsaka est l’une des premières mines d’exploitation industrielle à ciel ouvert à partir du boom minier en 2000 qui a atteint son âge de fermeture. Donc, le film essaie de voir ce qui a existé et ce qui reste actuellement.

 

A quand la projection de ce film?

 

Ce film fera son baptême de feu au FESPACO. Dans notre jargon, nous appelons cela la grande première mondiale, une sorte de primeur que l’on donne au FESPACO. Et pour nous, c’est un honneur de présenter ce film pour la première fois au monde.

 

Dans quelles conditions ce film a été réalisé ?

 

Il a été réalisé dans de bonnes conditions. Parce que nous avons été lauréat de la subvention que l’Etat a accordée au monde du cinéma pour accompagner les cinéastes.  Il y a eu appel à candidature et le projet que nous avons soumis, a été retenu. Au-delà de cette subvention, il faut savoir que nous avons l’habitude de faire des productions internationales, nous faisons toujours de la co-production avec nos sujets et nous avons pu ramener cette co-production dans le projet.

 

Etes-vous confiant de remporter un prix au FESPACO 2019?

 

Bien sûr, quand on va en guerre, on ne doit pas s’avouer vaincu d’avance. Il faut aller avec les armes qu’on a et nous pensons que nous avons les mêmes armes que les autres. Naturellement, ça peut se jouer sur des perceptions parce que l’art est très subjectif. C’est un jury qui va décider des lauréats mais ce qui est intéressant, c’est qu’il est composé de cinéastes et non de scientifiques. Donc, ils nous diront au terme de leur travail, quel film les a le plus marqués.  Donc, je suis confiant comme les autres réalisateurs. En tous les cas, nous pensons que notre film a sa place dans la sélection.

 

Depuis plus d’une décennie, le Burkina n’a plus remporté l’Etalon d’Or de Yennenga. Comment expliquez-vous cela ?

 

Nous pensons que cela est dû à plusieurs facteurs. Il faut savoir qu’avec l’avènement du Programme d’ajustement structurel (PAS) dans les années 1990, le cinéma comme bien d’autres domaines a été décapité. Or, bien que culturel, le cinéma est également industriel. Donc, depuis cette période, la chaîne de formation des cinéastes qui ont bénéficié de tout le support industriel de la fabrication de l’expertise et qui ont travaillé dans de bonnes conditions, a été brisée, parce qu’il n’y a pas eu de relève. Avec nos aînés, le cinéma existait réellement au Burkina. La preuve, ils ont remporté à deux reprises l’Etalon d’Or de Yennenga à cette époque-là.  Mais, de 1990 à 2000, la chaîne de l’industrie du cinéma s’est rompue au Burkina. Donc, les gens sont laissés à eux-mêmes. Heureusement que ça se remet petit à petit en place mais, cela va prendre du temps. Donc, nous pensons que c’est ce qui explique le fait que le Burkina n’a plus remporté l’Etalon d’Or de Yennenga depuis plus d’une décennie. C’est aussi une question générationnelle. Mais, il y a une nouvelle génération qui est en train d’arriver avec une nouvelle forme d’écriture, une autre manière de faire et nous pensons qu’elle est sur le bon chemin. En tous cas, nous ne sommes pas pessimistes quant à l’évolution du cinéma burkinabè. Vous verrez que les films qui sont en compétition au FESPACO cette année ont gagné en qualité, en maîtrise et dans les années à venir, nous serons mieux positionnés à ce festival.

 

Justement, cette année, l’Etat a accordé une subvention d’un montant de 1 milliard de F CFA au monde du cinéma pour accompagner les réalisateurs. Pensez-vous qu’avec ce coup de pouce le Burkina peut briller davantage au FESPACO 2019 ?

 

Bien sûr, vous verrez que ça a beaucoup changé. J’ai travaillé dans ces conditions-là et je puis vous dire que c’est une fierté de bénéficier de l’accompagnement de l’Etat parce qu’au-delà de l’argent, c’est une mission que la Nation nous a confiée. Les cinéastes l’ont compris et ont travaillé avec beaucoup d’engagement pour répondre à cet appel de l’Etat de représenter dignement le pays. Et nous sommes dans cette dynamique-là. Du reste, avec les films qui ont été réalisés, vous verrez la différence en termes de qualité quand il y a un soutien de l’Etat et quand celui-ci est absent. Et nous rassurons que les films burkinabè vont bien se comporter au FESPACO 2019.

 

Cela dit, peut-on espérer que le Burkina remporte l’Etalon d’Or de Yennenga à ce cinquantenaire du FESPACO ?

 

Pourquoi pas ? On a certes des pays de cinéma en face mais le Burkina fait aussi partie de ces pays et peut surprendre agréablement. D’ailleurs, nos films font partie des 20 meilleurs films sélectionnés au FESPACO. Et on ne les a pas sélectionnés par pitié, mais à cause de leur qualité. Donc, j’espère qu’on aura l’Etalon d’Or de Yennenga ou le 2e ou 3e prix. Le Burkina n’ira pas à ce FESPACO pour faire de la figuration. Les films en compétition ont été réalisés dans des conditions assez optimales qui répondent aux normes internationales. Il faut savoir que la compétition englobe plusieurs aspects : il y a l’art, la maîtrise technique et souvent, on a l’art mais pas la maîtrise technique. Mais, cette fois-ci, on a l’art et la maîtrise technique et ce, grâce à la subvention. Donc, on peut bien faire partie du palmarès.

 

Quelle appréciation faites-vous de la politique culturelle du Burkina ?

 

Le Burkina par essence même est un pays culturel, parce qu’on a toujours eu de grandes manifestations culturelles. C’est un pays qui porte la culture dans la sous-région et les autres pays savent qu’il s’y déroulent de nombreux événements culturels souvent organisés avec beaucoup d’engouement. C’est le cas du FESPACO qui a dépassé le cadre d’une fête nationale. C’est cet aspect qui fait la différence et il faut travailler à préserver cela. Il ne faut pas en faire juste un événement folklorique, parce que ce sont des événements qu’on peut vendre, il faut aller vers une maîtrise économique de ces événements culturels afin qu’ils nous rapportent non seulement des devises mais aussi du prestige, etc. Il faut faire en sorte que l’économie culturelle soit une réalité au Burkina.

 

Les salles de cinéma se meurent les unes après les autres. Selon vous, qu’est-ce qu’il faut faire pour inverser la tendance ?

 

Il faut que les réalisateurs et exploitants des salles mènent une réflexion profonde sur d’autres supports d’exploitation, d’autres manières d’exploiter le cinéma. Aujourd’hui, on peut exploiter le cinéma sans passer par les salles mais cela ne veut pas dire que les salles ne sont pas importantes. Il faut plutôt voir ce qui retient les gens. On constate qu’ils ont des téléphones portables, des tablettes, des ordinateurs, des télévisions, etc. Il faut donc travailler à rejoindre ces supports là pour pouvoir vendre des contenus. Pour ce qui les concerne, les salles de cinéma vont revivre parce que le cinéma ne se meurt jamais. D’ailleurs, si certains réalisent des infrastructures cinématographiques à coût de milliards de F CFA en Afrique, c’est parce qu’ils savent que dans 20 ou 30 ans, les pays en auront besoin.

 

Quels sont vos projets en tant que réalisateur ?

 

Nos projets, sont entre autres, de faire des films, travailler à les faire voir, d’assurer des formations que nous donnons aussi bien au Burkina qu’ailleurs, faire la consultation en scénario. Un autre projet, c’est d’œuvrer à la promotion du festival Koudougou Doc dont la 6e édition aura lieu du 23 au27 avril 2019. C’est le seul festival au Burkina qui est dédié au documentaire de création.

 

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

 

Les difficultés que nous rencontrons, sont d’ordre structurel. Au Burkina, ce ne sont pas les politiques qui manquent mais leur mise en œuvre. Il y a de belles politiques dans le domaine du cinéma qui dorment dans les tiroirs, il y a des décrets qui ne sont pas mis en application et même quand ils sont mise en application, ils ne sont pas suivis de moyens conséquents pour que leur mise en application allège ou accompagne les acteurs culturels. Quand on parle de subvention dans le domaine du cinéma, ce n’est pas de la main tendue parce que le cinéma est un secteur pourvoyeur d’emplois, il rapporte des devises à l’Etat. Donc, si l’Etat peut être actionnaire dans les mines, il peut aussi l’être dans le cinéma parce qu’il y a du business.  L’Etat doit mettre en place des politiques qui puissent permettre aux cinéastes et producteurs d’évoluer dans de cadres organisés leur permettant ainsi d’avoir des prêts, des allègements fiscaux, afin de créer de la richesse pour le pays. Cela nous manque parce qu’il n’y a pas une volonté politique ou peut-être que ceux qui doivent décider, n’ont pas encore vu la portée de l’industrie du cinéma.

 

Quelle est votre situation matrimoniale ?

 

Je suis marié et père de deux enfants dont une fille et un garçon.

 

Avez-vous  autre chose à ajouter pour clore cette interview ?

 

Je voudrais louer les innovations apportées cette année au FESPACO, notamment la prise en compte du film documentaire comme un cinéma à part entière et la mise à prix en compétition au même titre que l’Etalon d’Or de Yennenga et leur projection dans les salles tout comme les longs métrages fiction. Cela est une avancée majeure parce que le documentaire n’était pas considéré par certains comme un genre cinématographique alors que le documentaire de création est bel et bien un genre cinématographique. Mieux, le père du cinéma, c’est le documentaire.

 

Dabadi ZOUMBARA

 

Légende

 

 

Michel K. Zongo

 

 

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