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LUTTE CONTRE L’INSECURITE AU BURKINA: La nécessité de mobiliser toutes les énergies

« J’ai ordonné le recrutement de volontaires pour la défense dans les zones sous menace. Seule une mobilisation générale des fils et des filles de la Nation, sans considération de région, d’ethnie, d’opinion politique et confession religieuse, est à même de vaincre ces meurtriers , sans foi ni loi, qui rêvent de soumettre notre patrie et notre peuple courageux à leur diktat machiavélique ». C’est en ces termes que le Président du Faso (PF), Roch Marc Christian Kaboré, dans son adresse à la Nation suite à l’attaque du convoi de la mine de SEMAFO dans l’Est du pays, a appelé ses concitoyens à la résistance face à la situation sécuritaire qui se dégrade de jour en jour.

Le recrutement de  volontaires annoncé par le chef de l’Etat, témoigne, si besoin il en était encore, de la gravité de la situation. Dans ce sens, l’on peut saluer la décision du  PF qui, si elle est une première dans notre pays, n’en est pas une dans l’histoire du continent africain. En effet,  l’Algérie, pionnière de la lutte contre les groupes terroristes armés, a eu recours à des volontaires qui ont beaucoup apporté à l’efficacité des opérations entreprises par l’armée nationale. Du reste, c’est connu, la victoire sur les groupes armés ne peut être obtenue sans l’appui des populations dont l’apport peut être déterminant dans le renseignement et en raison de leur connaissance du milieu. Et à défaut, pour l’Etat, de pouvoir mettre les Forces de défense et de sécurité dans tous les villages, les volontaires peuvent être des supplétifs capables d’opposer les premières résistances en attendant la réaction des forces spécialisées. C’est donc l’idée de la résistance populaire réclamée par de nombreux citoyens depuis l’aggravation des attaques, qui est ici en voie d’expérimentation.

Mais la décision du chef de l’Etat suscite tout de même de nombreuses interrogations. Est-ce à dire que l’armée nationale est dans un état tel qu’elle ne peut pas apporter la riposte nécessaire à nos adversaires ? Si tel est le cas, que peuvent de nouvelles recrues qui ne bénéficieront que d’un minimum  en maniement des armes ?

 

Toutes les inquiétudes appellent à des réflexions profondes

 

Il y a des craintes sérieuses que l’on envoie des jeunes servir de chair à canons face à des criminels qui ont fait montre d’une cruauté sans limite.  Et puis, il y a toujours ce risque que si ces volontaires sont équipés d’armes, ceux-ci procèdent à des règlements de comptes personnels ou contribuent à aggraver des conflits intercommunautaires. Une autre source d’inquiétude, c’est de voir ces volontaires se transformer en milices au service d’hommes politiques ou de potentats locaux qui vont agir en marge des règles de l’Etat de droit ou qui peuvent entrer en rébellion contre l’autorité de l’Etat sinon rejoindre l’adversaire.  Enfin, l’on peut se poser des questions sur les mécanismes de démobilisation à la fin de la guerre.

Toutes ces inquiétudes appellent à des réflexions profondes quant aux modalités de mise en œuvre de la décision du chef de l’Etat, au risque que le  remède ne se transforme en mal. Avant donc d’en arriver à cette situation extrême, il y a encore des marges de manœuvre pour l’Etat. Parmi celles-ci, il y a le rapatriement de nos contingents militaires  à l’extérieur dont les effectifs s’élèvent à un millier d’hommes, le renforcement des équipements dont les FDS ne cessent de se plaindre, le recours à l’expertise d’hommes   aux compétences avérées et qui sont ostracisés pour des raisons purement politiques.

Cela dit, on en vient  tout de même à regretter le plus souvent, la mauvaise gestion de la communication en temps de crise comme ce fut le cas après l’attaque de Boungou. En effet, en l’absence d’informations officielles rassurantes, la rumeur avait pris une telle ampleur qu’il était difficile de distinguer le vrai du faux. En plus, on a parfois l’impression que les autorités sont en panne d’imagination tant et si bien que les soldats passent leur temps à faire dans la réaction plutôt  que dans l’action. Ce qui n’augure rien de bon et oblige certains à dire qu’il est temps de reconstruire notre armée. Mais c’est là aussi que le bât blesse. Car, comment reconstruire notre armée en ces temps de guerre ?

 

PP

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