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LUC BAMBARA, promoteur culturel : « Au Burkina, les managers sont assis et il faut les appeler pour négocier les cachets »

Originaire de la ville de Garango dans la province du Boulgou dans le Centre-Est du Burkina, Luc Bambara est né à Banfora et réside à Montréal au Canada depuis 2009. Directeur du festival « Les voix du Faso », il travaille également au ministère canadien de la Culture sur le projet « Artistes à l’école ». Présent au Burkina depuis quelques jours, nous l’avons rencontré pour vous. Dans cette interview, ce jeune promoteur nous parle de son festival, donne sa lecture sur l’évolution de la musique burkinabè, dévoile sa situation matrimoniale et aborde d’autres sujets. Lisez plutôt.

 

Evasion : Vous êtes à Ouagadougou depuis quelques jours, quel est l’objet de votre séjour ?

 

Luc Bambara : Je suis au Burkina pour le festival « Les voix du Faso » que j’organise au Canada. J’ai un projet identique que je compte organiser ici dans mon pays. Je profite de mon séjour pour chercher des partenaires et caler certains rendez-vous.

 

A quand la prochaine édition ?

 

Elle aura lieu le 14 juillet prochain au Canada avec beaucoup d’artistes burkinabè qui vont effectuer le déplacement. Je repars bientôt pour les accueillir.

 

Qu’est-ce qui vous a motivé à créer ce projet ?

 

Dans les grands festivals à Montréal, on ne voit que les artistes maliens, sénégalais, ivoiriens et autres. On n’y voit pas d’artistes burkinabè. Voilà pourquoi j’ai créé ce cadre pour permettre à nos artistes de côtoyer la scène internationale.

 

Pensez-vous atteindre vos objectifs ?

 

Oui bien sûr, il y a Dicko Fils qui est revenu quatre fois là-bas après sa prestation à mon festival. Il a tapé dans l’œil des tourneurs américains. L’année dernière, il a joué au festival « Nuits d’Afrique » qui est l’un des plus grands festivals africains à Montréal. Cette année, il y sera comme étant l’artiste surprise. C’est pareil pour Greg. En deux éditions, les résultats commencent à se faire sentir.

 

Quelles sont vos sources de financement ?

 

Mes financements viennent du Canada. Moi, je me sens vraiment mal à l’aise de venir chercher de l’argent au Burkina pour ramener au Canada, je veux faire le contraire. Mais cette année il y a une banque de la place qui a décidé de nous accompagner.

 

Combien coûte une édition du festival « Les voix du Faso » ?

 

Elle tourne autour de dix millions de F CFA.

 

Comment se fait le choix des artistes ?

 

C’est une bonne question, elle permettra à certains artistes de ne pas être frustrés. C’est à partir d’un sondage auprès de la diaspora canadienne, nous lui demandons quels sont les artistes qu’elle aimerait voir. Et puis, il faut présenter des artistes qui peuvent mobiliser. Mais si le ministère de la Culture du Burkina décide de nous recommander des artistes, je n’y vois pas d’inconvénient, je suis ouvert à toute collaboration. Et puis, il faut pouvoir jouer en live.

 

Quelle est votre lecture de l’évolution de la musique burkinabè ?

 

Moi, je pense qu’il y a beaucoup d’amélioration. Les artistes commencent à soigner leur image côté vidéo, qui répond aux normes internationales. Maintenant, ce qui manque, ce sont les textes. Une chanson, c’est pour éduquer. Le Burkina a un bel avenir culturel, surtout si nous avons de bons managers.

 

Qu’est-ce qui justifie l’absence de nos artistes au plan international ?

 

Je pense que le problème se trouve au niveau des managers. Le manager doit se déplacer et aller partout. Ici, ils sont assis et il faut les appeler pour négocier les cachets. Moi, j’ai invité Sidiki Diabaté et Davido, j’ai vu le professionnalisme de leur manager. Celui de Sidiki Diabaté a pris son billet d’avion pour rencontrer les organisateurs, voir la salle du spectacle et connaître certains contours. Il faut oser dépenser pour pouvoir gagner.

 

Pensez-vous que les managers burkinabè ont ces moyens ?

 

Je sais que c’est dur, mais un manager comme Papus Zongo a tous les moyens pour se déplacer. Tout ne peut pas se faire par téléphone ou WhatsApp.

 

Avez-vous des partenariats avec des promoteurs ici au Burkina ?

 

Non, et c’est bien dommage. Chaque année, j’invite le lauréat du Kundé d’or au Canada. Par exemple, si on dit que le lauréat du Kundé d’or est d’office invité au Canada, cela fait des ouvertures. Avant de partir, j’irai voir Jah Press dans ce sens.

 

Quelle est votre situation matrimoniale ?

 

(Eclats de rire) … Je suis marié à une Algérienne et suis père de deux enfants. J’ai un fils de 12 ans ici au Burkina et un fils d’un an et demi au Canada.

 

Quel est votre message pour clore cette interview ?

 

Je vous remercie d’abord. Je demande à mes frères artistes et managers de ne pas lâcher le travail. Que chacun se batte de son côté pour hisser haut le drapeau de notre pays. Il faut voir l’intérêt national d’abord avant de penser à soi-même.

 

Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON

 

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