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L’OPPOSITION POLITIQUE BURKINABE ET LA PRESIDENTIELLE 2020: Aller au-delà d’un accord

Ça y est ! L’idée de voir toute l’Opposition politique faire bloc derrière un même candidat en cas de second tour à la présidentielle de 2020, a pris forme. En effet, le 18 août 2020, Zéphirin Diabré et ses camarades, leaders des partis affiliés au Chef de file de l’Opposition politique (CFOP), s’étaient donné rendez-vous pour concrétiser leur accord en apposant leurs signatures respectives sur le document qui devrait leur servir de feuille de route en cas de ballotage du candidat de la majorité présidentielle. Sans rentrer dans le détail de cet accord qui, sauf oubli de notre part, est le premier du genre depuis l’avènement de la IVe République, l’on retient pour l’essentiel, qu’il s’agit, pour les parties prenantes, de s’engager à fédérer leurs énergies autour du candidat de l’Opposition le mieux placé au second tour de l’élection en vue de provoquer l’alternance.

Tout en espérant que les acteurs politiques ne nous servent, à la dernière minute, une volte-face, l’on peut déjà tresser des lauriers aux leaders de l’Opposition politique burkinabè pour cet accord historique. En effet, les opposants burkinabè ont été bien souvent et longtemps traités de tous les noms d’oiseaux, pour leur incapacité à s’unir contre les partis majoritaires qui se sont succédé au pouvoir. Certains Burkinabè y ont parfois trouvé même le prétexte pour ne pas leur apporter leur soutien dans les urnes. Même si l’on n’est pas encore à la candidature unique de l’Opposition dont rêvent de nombreux citoyens, il faut admettre que c’est un pas qualitatif de fait et tout comme les premiers pas d’un enfant qui apprend à marcher, il mérite tous les encouragements.

Par ailleurs, l’on peut aussi se féliciter de cette stratégie de l’Opposition qui consiste à émietter au maximum les voix au premier tour pour ensuite les fédérer autour d’une candidature unique en cas de second tour.

 

Un accord ne vaut que par la capacité des acteurs qui le signent, à tenir leur serment

 

Certes, cette option peut compromettre, par elle-même, le second tour, face à un candidat qui bénéficie de la prime au sortant, et comporte de grands inconvénients comme le risque d’un vote régional ou ethnique.  Mais elle a aussi des avantages en ce sens qu’elle offre  l’opportunité de mettre en difficulté le candidat du pouvoir dans les fiefs électoraux des leaders de l’Opposition et offre l’occasion à chaque leader politique de mesurer son poids politique réel; toute chose qui peut être déterminante dans le partage du gâteau.

Cela dit, le tout n’est pas, pour l’Opposition burkinabè, de signer un accord. Car, un accord ne vaut que par la capacité des acteurs qui le signent, à tenir leur serment et cela n’est pas du tout gagné en politique. A titre illustratif, l’on garde encore en mémoire, l’accord politique de Genève signé entre les opposants au régime de Joseph Kabila à la veille de l’élection présidentielle en République démocratique du Congo (RDC), qui n’aura duré que le temps d’un feu de paille avec les retournements spectaculaires de Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe. Même si comparaison n’est pas raison, l’on peut tout de même relever que l’adversaire politique, en l’occurrence le pouvoir, ne restera pas les bras croisés face à l’union qui se construit et œuvrera de façon souterraine à la détruire. C’est de bonne guerre. Il ne fait aucun doute que des mallettes d’argent vont circuler avec en sus des promesses de strapontins. Et pour qui connaît l’indigence financière dont souffrent certains opposants sous nos cieux, l’on peut avoir de sérieuses inquiétudes pour cet accord, surtout dans le contexte burkinabè où bien des opposants rêvent de goûter le plus rapidement aux délices du pouvoir. 

En outre, l’on peut nourrir le regret que cet accord ne soit pas assorti d’un programme politique clair, qui rendrait lisible l’alternative que propose l’Opposition politique. Or, ce programme pourrait éclairer, dès le premier tour, le choix des électeurs. Mais comme on le dit, Paris ne s’est pas construite en un seul jour et tout le mal que l’on puisse souhaiter à cet accord politique, c’est qu’il vive le plus longtemps possible.

 

P.K      

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