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GRAND DOCTEUR, artiste-musicien et activiste: « Le clanisme est le cancer dont souffre notre musique »

Ayant commencé sa carrière sous le pseudonyme   Petit docteur, ce reggaemaker et activiste a changé  de pseudo pour être désormais Grand docteur. A l’état civil  Kaboré Alphonse Sana, il est  originaire du Centre-Ouest du Burkina, plus précisément de Lalé dans le département de Siglé.  Jeune artiste qui n’a pas la langue dans sa poche, il a deux albums au compteur.  Le premier est sorti en 2007 et  baptisé « Trop c’est trop », le 2e  « Ma vérité » en 2012 ainsi que des singles comme « Barka » et « SOS pour le Burkina ». Membre fondateur de la CORA-BF, il a bien voulu nous accorder cette interview à travers laquelle il nous parle de ses projets, de son quotidien, jette un regard critique sur le monde du showbiz burkinabè et lève le voile sur sa situation matrimoniale. Lisez plutôt ! 

Evasion : Comment allez-vous 

 

Grand Docteur : Je vais très bien.

 

Vous êtes tout le temps en tournée à travers le Burkina. De quel projet s’agit-il exactement ?

 

C’est un projet personnel, j’organise moi-même mes concerts. Malheureusement, avec les attaques terroristes, je me débrouille dans les zones plus sécurisées. On se bat pour vivre de notre art. Le hic est qu’il faut appartenir à un certain « noyau » pour vivre de sa musique à Ouagadougou.

 

De quel noyau voulez-vous parler ?

 

Il s’agit  des clans et c’est ce clanisme qui est le cancer dont souffre notre musique. Il ne suffit pas seulement d’avoir le talent pour être invité dans les cérémonies, il faut être dans des clans, c’est dommage. Observez vous-même et vous verrez que ce sont les mêmes têtes que l’on voit tous les jours dans les cérémonies. Cela relève d’un manque de patriotisme.

 

N’êtes-vous pas satisfait du bilan de votre carrière ?

 

Je ne dis pas que j’ai réussi dans la vie lorsque je dis aux gens que j’ai deux voitures, une maison que j’ai construite et d’autres biens. C’est juste un changement d’étape. De pousseur de barrique d’eau que j’ai été, je   conduis ma propre voiture  aujourd’hui, c’est un signe de satisfaction. Je dormais en location, aujourd’hui j’ai construit ma maison, alors je dis Dieu merci. Ce n’est pas tombé du Ciel, je me suis sacrifié pour arriver là où je suis. Je suis venu trouver des gens dans la musique et ils continuent de dormir en location, et de rouler sur des motos pourries. Cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas le talent, peut-être qu’ils n’ont pas eu le courage de forcer certaines portes que moi j’ai réussi à ouvrir.

 

Etes-vous un rebelle ou un révolté ?

 

Je peux dire que je suis un rebelle, mais on ne le devient pas par hasard. Quand il y a une rébellion, c’est qu’il y a quelque chose qui l’a provoquée. A un moment donné, je me suis rendu compte que la nature n’aime pas les gens honnêtes. Et cette nature force les gens à être malhonnête pour survivre.

 

Avez-vous peur pour votre sécurité par rapport à  certaines de vos prises de position ?

 

Si j’avais peur, je ne  composerais pas par exemple une chanson sur le terrorisme. Je n’ai jamais eu peur.

 

Quels sont vos projets ?

 

Je suis en train de préparer un album à réaliser  entièrement en live. C’est mon troisième album, je me suis dit qu’il faut monter la barre haute et il sortira en 2020. Pour ce coup, je veux un producteur, cela va m’aider à accomplir ma mission.

 

Quel est votre quotidien ?

 

Je suis toujours chargé, de 6h à 24h ne me suffit même pas pour travailler. De 5h à 14h, je suis dans mon champ, ensuite je vais pour le travail vocal et j’honore mes rendez-vous en ce qui concerne les médias et spectacles. Il y a aussi les répétitions.

 

N’avez-vous donc pas le temps pour votre petite famille ?

 

Souvent, mes enfants peuvent faire un mois sans me voir, surtout le dernier né.

 

Et quelle est votre situation matrimoniale ?

 

Je ne suis pas marié mais je vis avec ma femme et j’ai beaucoup d’enfants. (Il éclate de rire)…  Ma première fille s’est mariée, elle a une enfant. Donc je suis un grand-père.

 

Quel est actuellement votre engagement au sein de la CORA-BF ?

 

Je suis un membre fondateur de l’Association et j’y suis toujours actif. Les gens ont compris le bien-fondé de notre lutte et nous accompagnent dans ce sens.

 

Quels sont vos rapports avec les animateurs et journalistes culturels ?

 

Je suis leur meilleur ami. Un artiste doit vivre en harmonie avec la presse culturelle. Les artistes doivent arrêter de gaspiller leur argent avec les filles. Ils doivent plutôt l’utiliser avec les animateurs et journalistes qui les aident dans la promotion de leurs oeuvres.

 

Pourquoi de Petit Docteur, vous êtes passé à Grand Docteur ?

 

Pour aller loin, il faut côtoyer ceux qui sont allés loin. L’histoire a démontré que personne ne fait mieux que son nom. C’est quand j’étais en Côte d’Ivoire en 2018 à un festival qu’un doyen de la musique ivoirienne m’a montré une liste de douze artistes dont les noms commencent par l’adjectif Petit et qui ne sont pas allés loin dans leur carrière malgré leur talent. Voilà donc la raison.

 

Quel est votre regard sur l’évolution de la musique burkinabè ?

 

Il faut sortir du Burkina pour vous rendre compte du sentiment de satisfaction.

 

Qu’avez-vous à dire à nos lecteurs pour conclure ?

 

Il faut la paix au Burkina Faso pour que tous les artistes et autres créateurs puissent vivre de leur art et valoriser notre pays. Je dis merci aux journalistes culturels qui se battent au quotidien pour la promotion des artistes malgré leurs conditions de travail difficiles.

 

Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON

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