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DEMEDE PKODA, ARTISTE-MUSICIEN ET DOUANIER : « Ce sont les Burkinabè qui ne font pas confiance à leur musique »

Né à Zambo, une localité située entre le Burkina Faso et le Ghana, Demedé Pkoda, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est originaire de la région du Sud-Ouest. Fils d’un cantateur, il est issu d’une famille d’instrumentiste et est spécialisé au balafon. Ayant une certaine notoriété dans son fief, ce fonctionnaire des douanes réalise son premier opus qui est sorti officiellement le 18 janvier dernier. Dans cette interview qu’il nous a accordée, l’artiste nous parle de ses projets, de sa vision pour la musique burkinabè, de son album, lève le voile sur sa situation matrimoniale et aborde d’autres sujets.

 

Evasion : Que devient Demedé Pkoda cinq mois après la sortie de votre album ?

 

Demedé Pkoda : Je suis là, je me porte à merveille. Je continue de jouer naturellement mon balafon et ma musique suit son cours normal.

 

Pour avoir été un fils de cantateur, est-ce cela qui vous a conduit à une carrière musicale professionnelle ?

 

Non, pas du tout. Il y a des fils d’artistes qui ne sont pas artistes. Je peux dire que c’est un don car depuis l’enfance, je joue naturellement au balafon. Même ici à Ouagadougou, j’ai toutes sortes de balafons dagara.

 

Votre père a-t-il été favorable à votre choix de faire la musique ?

 

Oui, depuis mon enfance, c’est mon père qui allait chercher une catégorie de balafon qu’on appelle pkapko chez nous et m’a incité à jouer ces instruments.

 

Pourquoi avoir choisi la musique traditionnelle de votre terroir comparativement aux jeunes artistes qui sont plutôt tournés vers la musique urbaine ?

 

Moi, je veux valoriser ma culture, la culture dagara. Je regrette que des jeunes ne puissent même pas jouer un seul instrument traditionnel. Voilà pourquoi au lieu de faire la musique moderne, j’ai continué dans ma culture, c’est ça notre identité.

 

Vous étiez déjà très sollicité dans tout le Sud-Ouest pour des spectacles bien avant la sortie de votre album, est-ce une chance ?

 

C’est la qualité de l’œuvre qui pourrait justifier cela. Je ne dirai pas que c’est une chance, car je ne suis pas le premier artiste de la région à faire cette musique, il y a eu des devanciers.

 

Pouvez-vous nous présenter votre album ?

 

C’est l’album « pow wa gou yir » qui veut dire que la femme doit garder la maison, il est sorti le 18 janvier dernier. L’œuvre puise ses sources au cœur des rythmes dagara, à travers lesquels je chante la femme, l’éducation, car c’est bien dommage que les enfants ne respectent plus leurs aînés, je parle aussi des conditions de travail des douaniers. J’ai déjà vendu plus de trois mille exemplaires.

 

Et quels sont vos rapports avec les devanciers comme Jacky Meda et Caromé ?

 

Ce sont de bons rapports, on s’appelle régulièrement.

 

Quels sont vos projets ?

 

J’aimerais implanter des musées de musique dans toutes les provinces du Burkina. Cela évitera aux jeunes de perdre leur culture.

 

Quelle est la difficulté majeure que vous rencontrez dans votre carrière musicale ?

 

C’est le problème de temps, je suis un fonctionnaire des douanes. J’essaie donc de jongler. Je ne laisse pas mon service pour aller faire la musique. Je profite de l’occasion pour dire merci à mes supérieurs hiérarchiques qui me soutiennent dans ce choix.

 

Si vous connaissez un véritable succès dans la musique, quel serait votre choix ?

 

Il n’y a pas de choix à faire ; les deux carrières c’est pour hisser les couleurs nationales.

 

Comment arrive-t-on à distinguer le douanier de l’artiste que vous êtes à la fois?

 

Quand je suis en tenue avec mon béret noir, c’est le fonctionnaire des douanes. Une fois que j’enlève cette tenue, je suis automatiquement artiste.  

 

Pensez-vous que la musique burkinabè se porte bien ?

 

Oui, elle se porte bien mais ce sont les Burkinabè qui ne font pas confiance à leur musique. Personne ne viendra faire la promotion de notre musique à notre place. Moi, j’ai eu la chance de voyager un peu. En Côte d’Ivoire, les gens jouent leur musique ; au Ghana, partout, c’est le high life ; au Mali, les gens font de leur musique une réalité ; au Sénégal, c’est le mbalax mais au Burkina, c’est autre chose.

 

Quelle est votre situation matrimoniale ?

 

Je suis père de trois enfants, je vais régulariser bientôt ma situation. (Eclats de rire).

 

Quel est le message qui vous tient à cœur pour clore cette interview ?

 

J’invite mes fans à écouter la musique burkinabè et à aller suivre nos concerts. Quand on a le regard rivé seulement sur les artistes qui viennent d’ailleurs, ça ne va pas, c’est parce qu’ils ont été soutenus chez eux qu’ils ont du succès au-delà de leurs frontières. Si nous sommes soutenus, nous serons aussi des stars. Merci à votre magazine pour la considération à ma modeste personne et surtout félicitation à la rédaction de votre journal pour le super Galian.

 

Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON

 

 

 

 

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