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COVID-19 : “L’obésité est un facteur de risque pour 20% des cas graves”

L’obésité fait partie des facteurs de risque de Covid-19 sévère. Pourquoi ? Quelles sont les recommandations pour ces cas ? Nous avons interrogé le Dr Nicolas Veyrie, spécialiste en chirurgie bariatrique à la suite de son message d’alerte pour ses patients atteints d’obésité.

Depuis le début de la crise sanitaire liée à la propagation du coronavirus, le gouvernement et le corps médical rappellent que les personnes souffrant d’obésité doivent impérativement se protéger", rappelle la Ligue contre l’obésité avant de souligner que la meilleure protection qui soit est encore une fois de respecter les gestes barrières et surtout de rester chez soi. Un message que le Dr Nicolas Veyrie, spécialiste en chirurgie générale, digestive et bariatrique a tenu lui aussi à rappeler à ses patients atteints d’obésité. Après la première semaine de confinement et d’accélération des cas, ce médecin a décidé de publier sur son compte Linkedin un message filmé de recommandations à ses patients : "Il y a des chiffres qui nous montrent qu’il y a un certain nombre de jeunes patients touchés par la Covid-19, et il s’avère et c’est le sens de mon message aujourd'hui, que beaucoup de ces patients sont atteint d’obésité". A la suite de son alerte, nous avons décidé de lui poser quelques questions.

 

Vous avez déclaré dans votre vidéo que parmi les victimes de la Covid-19, il y avait beaucoup de jeunes patients atteints d'obésité. Pourriez-vous nous en dire plus ? 

 

Dr Nicolas Veyrie : Il est apparu rapidement que près de 50 % des patients atteints d'une forme sévère de Covid-19 avaient moins de 60 ans ce qui n'était pas à ce jour une donnée formelle que nous avions dans le grand public. Parmi ces formes graves ressortaient des patients certes jeunes, mais qui présentaient des facteurs de risque dont parmi eux l'obésité morbide (IMC> 40 kg/m²). Les autres facteurs de risque sont l'âge (plus de 70 ans), les personnes avec des antécédents cardiovasculaires, un diabète insulino-dépendant non équilibré, des pathologies chroniques respiratoires, de l'insuffisance rénale chronique dialysée, des cancers sous traitement, des immunodépressions acquises ou congénitales, des cirrhoses Child-Pugh B ou C et, de principe, les femmes enceintes au 3e  trimestre.

Nous n'avons pas à ce jour de chiffres exacts concernant les patients obèses morbides et l'avancée de la pandémie nous fait "découvrir" et intégrer, quasiment au quotidien, de nouvelles données cliniques sur l'infection à Covid-19. Dans un avenir proche, je pense que nous pourrons en tirer, d'un point de vue épidémiologique, un certain nombre de données qui nous permettront de mieux cerner l'infection à Coronavirus et sa maladie Covid-19.

L'infection tendrait à toucher plus les femmes que les hommes mais parmi les formes graves, les hommes apparaîtraient prédominants avec un ratio avancé de 7-8 hommes pour 2-3 femmes. Cette différence pourrait s'expliquer par le caractère "protecteur" des œstrogènes vis-à-vis de la réaction immuno-inflammatoire pulmonaire secondaire au coronavirus, entraînant le Syndrome de Détresse Respiratoire Aigu (SDRA). Il apparaît enfin que dans les 20% de cas sévères et graves, l'obésité morbide fasse partie des facteurs de risque notables.

 

Avez-vous des pistes pouvant expliquer ce lien entre gravité de la pathologie et obésité ? 

 

Je n'ai pas de certitudes à avancer ce jour sur le rapport obésité morbide/SDRA (syndrome de détresse respiratoire aigu) secondaire à la Covid-19. Mais un certain nombre de pistes peuvent être avancées.

En tout premier lieu, les patients souffrant d'obésité morbide, qui je le rappelle est une maladie chronique, sont très souvent associés à des comorbidités liées, pour beaucoup, aux facteurs de risque d'infection grave au coronavirus cités plus haut. Ces patients souffrent plus souvent de problèmes cardiovasculaires, d'hypertension artérielle, de diabète insulino-requérant, d'insuffisance rénale, de problèmes respiratoires, d'une inflammation chronique latente et de problèmes articulaires nécessitant donc la prise d'anti-inflammatoires non stéroïdiens. Toutes ces comorbidités associées à l'obésité, constituent malheureusement un parfait cocktail propice à une forme compliquée de Covid-19. Il est connu dans le milieu réanimatoire que l'obésité morbide est en elle-même, un facteur aggravant de SDRA quelle que soit la cause de départ. Les réactions inflammatoires chez le patient obèse morbide sont de base modifiées et celles-ci peuvent particulièrement "s'emballer" lors d'une activation du système immunitaire. C'est peut-être une des pistes à explorer.

Deuxièmement, les patients obèses sont beaucoup plus difficiles à intuber, et nécessitent un matériel de soin et surveillance adapté (ce qui est difficile en temps de crise sanitaire) ainsi que des protocoles de ventilation souvent spécifiques. Leur réanimation implique un nombre de soignants beaucoup plus importants pour les soins (infirmiers, kinés et réanimatoires).

Troisièmement, ces patients ont très souvent des pathologies respiratoires infracliniques importantes, voire avancées si non dépistées, ainsi qu'une très faible résistance en cas de manque d’oxygène, emmenant à des décompensations extrêmement brutales parfois.

Il est important de rappeler que la prise d'anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et aspirine, ressortent assez clairement comme étant des facteurs de risque et aggravant de toute infection Covid-19, ces médicaments étant souvent consommés par nos patients obèses, aux vues de leur problèmes articulaires.

Tout ceci nous rappelle fortement que l'obésité est une véritable maladie chronique, touchant de plus en plus de monde, et que les patients en obésité morbide nécessitent une véritable prise en charge au quotidien, et une alerte particulière quant aux risques liés à la Covid-19, tel était le sens de ma vidéo.

 

Quelles sont vos recommandations de prévention et protection pour les personnes atteintes d'obésité ?

 

Mes recommandations sont bien évidemment de respecter un confinement strict, on ne le redira jamais assez, et d'éviter de s'exposer à une infection au maximum. Arrêtez l'utilisation des AINS ou aspirine sans avoir l'avis (par téléconsultation de votre médecin ou équipe pluridisciplinaire soignante) et à terme, bien évidemment si ce n'est pas le cas, de vous faire aider et prendre en charge par des équipes spécialisées dans la maladie obésité. En cas de tout signe ou suspicion d'infection au coronavirus, ne vous déplacez pas aux urgences ou au cabinet médical de votre médecin mais appelez ou téléconsultez et en cas d'aggravation (toux persistante avec difficulté à respirer), appelez la régulation du SAMU au 15. Enfin n'oubliez pas de bien vous hydrater, de vous laver les mains à l'eau et au savon (le port de gants rassure mais est plutôt à éviter).

 

Consultation, suivi post-opératoire de chirurgie by-pass et sleeve... Comment se passe le suivi médical des patients obèses en période de confinement ?

 

Le suivi médical de nos patients est actuellement parfaitement formalisé et réalisable pour une majorité par téléconsultations. Il n'y a donc aucun problème pour consulter son chirurgien, médecin nutritionniste, endocrinologue, diététicienne ou psychologue actuellement, d'autant plus que les suivis dans ce domaine sont longs de plusieurs mois souvent, et la période de confinement ne devrait pas les impacter énormément.

Cependant, je le reconnais, cette période est particulièrement difficile pour nos patients tant en termes psychologique et comportemental que d'activité physique. Ce n'est pas propice à un rééquilibrage pondéral mais cette période ne durera pas et nous espérons l'impact mineur quant à nos prises en charge.

 

Les opérations de chirurgie bariatriques sont-elles reportées ?

 

Oui, actuellement partout en France, nos interventions ont été reportées et limitées aux seules urgences vitales et cancérologiques. Il était indispensable que le nombre d'interventions, nécessitant une anesthésie générale et donc une ventilation assistée lors du bloc et en salle de réveil, fassent place libre pour accueillir les patients graves atteint par la Covid-19. Les patients programmés pour une intervention de chirurgie bariatrique ont donc tous été naturellement reportés, mais bien évidemment ces interventions auront lieu au plus tôt dès la sortie de crise sanitaire.

 

Les personnes ayant subi une opération de chirurgie bariatrique sont-elles aussi plus à risque ?

 

Je n'ai pas de recommandation factuelle à part des recommandations de bon sens. Les patients récemment opérés sont, a priori, plus à risque car ils sont souvent encore dans l'obésité morbide (la perte de poids se fait entre 6 mois et 1 an) et une immunodépression post-opératoire de facto, même si celle-ci n'est pas des plus importantes. Les mouvements métaboliques induits par la chirurgie et la perte de poids brutale modifient également ces réactions et mouvements immunitaires. Je dirai donc par principe, que oui, ces patients sont un peu plus à risque que la population non obèse et non opérée.

Un certain nombre de patients peuvent présenter des troubles digestifs à type de douleurs abdominales, diarrhée ou nausée/vomissements. Ces signes bien que peu spécifiques, surtout après une chirurgie bariatrique peuvent être concomitants d’une infection Covid-19 (de même que perte de l’odorat ou du goût de façon brutale et isolée). Ces signes doivent vous faire téléconsulter votre équipe médico-chirurgicale afin de les évaluer rapidement et adopter la meilleure attitude.

Il convient donc encore une fois, au risque de me répéter, de se protéger et protéger les autres en limitant la propagation virale qui se fait majoritairement par contact humain.

 

Y a-t-il des recommandations spécifiques après une telle chirurgie ?

 

Oui, ces patients ne doivent en aucun cas suspendre leur suivie par une équipe pluridisciplinaire et réaliser par téléconsultation les rendez-vous prévus en post-opératoire. J'insiste en particulier sur les consultations avec les diététicien (ne)s et psychologues, d'autant plus en cette période difficile. Concernant l'activité physique et sportive, seule la marche peut être recommandée et en respectant les consignes intelligentes de distanciation sociale. L'activité sportive n'étant reprise que deux mois après une intervention, elle est actuellement plutôt déconseillée en cas d’infection Covid-19 (tendance à l’aggravation de la maladie). Quoiqu'il en soit, il s'agit surtout d'aborder la période post-opératoire dans cette période de confinement, de la façon la plus sereine possible et ne pas hésiter à débriefer régulièrement avec les membres de son équipe soignante qui connaît bien chacun de ses patients et est là pour les soutenir au mieux.

 

Ecrit par:

Bénédicte Demmer

Journaliste

 

Légende

 

« Mes rtecommandations sont bien évidemment de respecter un confinement strict », dixit Dr Nicolas Vayrie

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