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BOUBAKAR OUEDRAOGO dit OB STYLE (Styliste- modéliste):« On peut rester à Bobo et s’offrir une carrière internationale »

Communément appelé OB Style conformément à sa marque déposée, ce spécialiste en textile, habillement et conseiller vestimentaire, fait partie des meilleurs de sa génération. A l’état civil Boubakar Ouédraogo, il est originaire de Kônonga, une localité située à quelques encablures de Ouahigouya dans la province du Yatenga. Né à Bobo-Dioulasso, c’est dans cette belle cité de Sya qu’il va passer son enfance auprès de sa mère, une brodeuse. C’est ainsi qu’il sera pris par le tourment de la couture et va vite s’y mettre en tant qu’autodidacte, avant de parfaire ses connaissances en matière de design et stylisme. Considéré comme le meilleur styliste de la région des Hauts-Bassins à la suite de son sacre aux Trésors du Faso et après avoir obtenu plusieurs récompenses dans des grands prix de l’art vestimentaire, OB Style a bien voulu nous recevoir chez lui à Bobo, pour décortiquer son parcours. Dans cette interview exclusive, il revient sur ses débuts auprès de sa mère, de son évolution, de ses multiples trophées, parle de la mode et formule un coup de gueule. Lisez plutôt !

 

 

Boubakar Ouédraogo dit OB Style, spécialiste en textile, habillement et conseiller vestimentaire, né à Bobo, originaire de Kônonga dans le yatenga, passe son enfance à Diarradougou, un quartier populaire de Sya.

 

Evasion : comment es-tu venu à la mode ?

OB Style : C’est une belle question, c’est un patrimoine familial. Ma mère faisait les broderies de draps. Moi, j’ai fait l’école coranique et les jours, quand il n’y avait pas cours, j’en faisais l’apprentissage auprès de ma génitrice. C’est comme ça que j’ai été initié à la couture. Au fil du temps, je me suis perfectionné. J’ai d’abord exercé à la maison, grâce à mes propres créations. Et puis, j’achetais les friperies que je démontais pour reprendre les modèles.

 

Qu’est-ce que tu recherchais au juste dans les friperies ?

C’était une passion de découvrir d’autres créations. C’était dans les années 85-86 avec les tendances zaïko. Je démontais les vestes que je remontais, en essayant de les relooker. Cela plaisait à mon entourage, j’étais encore à l’école coranique en classe de CM2 à Accarville. Lors des bals populaires, quand je frimais avec ses modèles, les amis en demandaient. C’est au fur et à mesure que les commandes montaient et j’en ai fait un business. J’ai travaillé à la maison pendant une dizaine d’années et j’ai commencé à acheter mes machines.

 

En quelle année as-tu créé ton atelier ?

C’est en 1992, au quartier Accarville sous l’appellation « OB Création » et par la suite, c’est devenu « OB Style design ». Et les gens m’appellent comme ça également.

 

Comment est venu le nom de ta marque « OB Style » ?

Moi, je m’intéressais beaucoup au relooking, je m’inspirais de ce qui était déjà là. Il y avait par exemple « Paco Rabane » et j’ai un frère qui était en Italie, il m’envoyait des vestes de haute couture que je retouchais. Je me suis également inspiré des grands de la haute couture. Le mot création englobe beaucoup de domaines à la fois, donc j’ai vu que ça ne fait pas trop textile et habillement. Je suis passé donc de OB Création à OB Style mode et design. C’est devenu une marque, une griffe.

 

La place que tu occupes aujourd’hui au niveau de l’art vestimentaire au Burkina n’est-elle pas un défi pour toi, au vu de la jeunesse ?

C’est un défi fondamental. J’ai commencé sur le tas et ça ne suffit pas, il fallait que je confirme réellement que j’existe. Après mon perfectionnement, c’est à travers les grands prix de l’art vestimentaire que je me suis fait une renommée en remportant le 3e prix en coupe féminine en 1999, en 2002 j’ai eu encore le 3e prix en coupe féminine et pour confirmer mes créations, j’ai été le lauréat en 2005 des deux prix en coupe féminine et celle masculine, et c’est une première au Burkina. Personne n’a eu ici un doublé dans l’histoire de l’art vestimentaire et moi, je l’ai fait.

 

Et quelle a été la suite de ce sacre ?

J’ai entamé une tournée sous-régionale et la même année à Lomé, j’ai reçu le 1er prix d’Alopka qui réunissait des stylistes d’une vingtaine de pays. En 2007, je me suis rendu à Abidjan où j’ai reçu un trophée d’honneur pour l’originalité de ma collection. Toutes ces sorties et trophées m’ont réconforté dans une position qui ont permis à des professionnels nationaux et internationaux de me découvrir.

 

Quelle a été la collaboration entre ta marque et le groupe musical « Le pouvoir » ?

C’est un contrat qui a duré un peu longtemps quand même. C’est à travers une édition de Top Vacances Culture qui se déroule à Bobo-Dioulasso, des grands animateurs et vedettes venaient et moi, j’habillais beaucoup d’entre eux. J’ai commencé par Big Ben de la RTB, ensuite Abass Sofiane Coulibaly et Siboné. Quand le « Pouvoir m’a approché, j’ai apporté ma contribution pour leur image au plan vestimentaire. Ça a été un partenariat gagnant-gagnant et ils ont même chanté mon nom dans leur chanson « Le malin », qui a connu un énorme succès.

 

Que t’a rapporté cette collaboration ?

Je dirai beaucoup. C’est une chanson qui a énormément voyagé et donc ma marque et mon nom ont traversé des frontières.

 

Tu as également reçu le trophée de meilleur styliste de la région des Hauts-Bassins lors des récents Trésors du Faso. Que représente ce prix pour toi ?

C’est un honneur pour moi, cela confirme tout mon talent. J’essaie toujours de travailler d’une manière originale. Ce trophée m’a permis de me faire connaître des autorités de ce pays et j’en suis fier.

 

Et qu’est-ce que tu attends des autorités ?

Un trophée, c’est bien, mais ça ne suffit pas. Il y a des promesses qui ne sont pas tenues. Lors des grands prix de l’art vestimentaire, il devrait y avoir un fonds de promotion et d’accompagnement, mais ça n’a pas été le cas. Moi qui ai eu un double trophée, je n’ai même pas bénéficié d’un documentaire jusque-là. Jusqu’à présent, je n’ai pas encore eu mon attestation, (il hausse le ton…) j’ai poursuivi fatigué.

 

Tu sembles être fâché !

Je ne suis pas du tout content, c’est une Administration et je me dis que sûrement, il y a des gens qui n’ont pas fait leur travail. C’est vrai que les ministres se sont rapidement succédé, mais l’Administration est une continuité. C’est un parchemin très important pour ma carrière et que l’on peut afficher à l’atelier pour matérialiser ce sacre.

 

Peut-on être styliste à Bobo et s’épanouir coté mode ?

Ce n’est pas le malin, plus de la moitié de mes clients sont à Ouagadougou. On peut rester à Bobo et s’offrir une carrière internationale. C’est vrai que Ouagadougou est la capitale, mais ce n’est pas forcément là-bas qu’on doit réussir. On se complète. Grâce à nos connaissances, on a besoin de former nos frères ici sur place.

 

Le Burkinabè s’habille-t-il bien ?

Je me dis que ces dix dernières années, le Burkinabè s’habille bien. Il y a certaines autorités qui nous approchent pour savoir comment bien s’habiller et je pense que c’est une bonne démarche. Les gens ne s’habillent plus au hasard, ils respectent certaines normes.

 

Tout le monde peut-il porter ta marque ?

Oui ! Bien évidemment ! On est là pour tout le monde, mais on a choisi d’être cinq étoiles. Mais en matière de mode, il y a un minimum en matière de coût.

 

Quel est ton mot de fin ?

Je te dis merci pour avoir profité de ton séjour ici dans la ville de Sya pour me donner la parole. La mode au Burkina a de beaux jours devant elle. Nous avons de grands projets pour la région au sein de l’Association des couturiers et couturières de Bobo, dont je suis le président et je crois que vous serez informés au moment opportun.

 

Propos recueillis et transcrits par Aboubakar Kéré KERSON

 

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