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ATTAQUE D’UN MAQUIS EN MODE MOTO EN PLEIN JOUR: Le palier de trop

La région de l’Est du Burkina est-elle est train de rivaliser avec le Far West où règne la loi des colts? En tout cas, on est en droit de se poser cette question au regard de la dégradation progressive du climat sécuritaire dans cette partie du Burkina. Des attaques de postes de gendarmerie et de police  aux mines en passant par des incendies de domiciles de commis de l’Etat, les assaillants  ne manquent pas d’ingéniosité pour terroriser les populations. Toujours est-il qu’avec l’attaque d’un maquis par des individus armés se déplaçant à moto en plein jour, le 10 septembre dernier, dans la commune de Matiacoli, le palier de trop a été franchi.  Et c’est peu dire que la vigilance doit être de mise.  Comment faire face à un tel mode opératoire si on n’arrive pas à prévenir les attaques contre les postes de gendarmerie et de police? Comment peut-on sécuriser des lieux de réjouissance où le seul critère qui fait loi, est l’argent? C’est déplorable, mais il faut admettre que la situation sécuritaire au Burkina va de mal en pis. Et si des mesures urgentes et appropriées ne sont pas prises dans les plus brefs délais, il faudrait craindre le pire.  Car, faut-il le souligner, le nouveau mode opératoire des malfaiteurs nous rappelle la situation de Tombouctou au Mali où d’innocentes personnes prenant leur thé devant leur concession, avaient été envoyées ad patres par de sinistres individus pendant l’occupation de cette ville symbole par des groupes armés.  L’heure est grave au Faso et il faut que le Conseil de défense qui s’est réuni la semaine dernière et qui a promis d’apporter une réponse à la hauteur du péril, tienne toutes ses promesses.  Du reste, on pourrait dire que cette nouvelle trouvaille des assaillants est un pied de nez fait au gouvernement. Et il se doit de laver l’affront. Cela est d’une nécessité absolue que si les attaques devraient se poursuivre, l’activité économique s’en retrouverait fort paralysée.

 

Il faudrait que les Burkinabè se ressaisissent

 

La situation de l’Est est d’autant plus complexe que l’ennemi agit dans une vaste zone forestière. Contrairement au Sahel où il semble plus facile de débusquer un assaillant tapis dans des dunes de sable, il faut reconnaître qu’il est plus difficile de traquer un malfaiteur dans une forêt, surtout en cette période de saison pluvieuse, à l’Est.  Mais que l’on se le tienne pour dit. On ne pourra combattre véritablement le terrorisme ou le grand banditisme que si nous nous débarrassons de notre carapace actuelle. Ne nous chatouillons pas pour rire. Car, si l’ennemi parvient à nous porter des coups où ça fait mal avec une certaine facilité, c’est bien à cause du comportement peu responsable de certains Burkinabè. L’argent facile, la cupidité, a gagné le coeur des Burkinabè à telle enseigne qu’il suffit quelquefois d’offrir une bouteille de bière à quelqu’un pour qu’il vous fournisse toutes les informations dont vous avez besoin. Et cela, l’ennemi n’en demande pas plus. Quid du comportement de certains chefs militaires ; eux qui, au lieu d’être dans des lieux discrets pour peaufiner des stratégies, préfèrent des endroits peu recommandables ? Peut-on s’asseoir dans un maquis et ordonner au moyen de téléphone portable l’arrestation d’un malfaiteur et pouvoir l’appréhender alors que le même maquis est fréquenté par des bandits de tout acabit? La réponse est non. A ces maux, il faut ajouter l’incivisme et l’irresponsabilité, deux contre-valeurs les mieux partagées au Burkina. Comment peut-on empêcher l’entrée d’un terroriste sur le territoire burkinabè  quand les contrôles sur les axes routiers sont faits avec une légèreté déconcertante? Comment peut-on être efficace dans la traque des terroristes quand les mêmes agents sont immobilisés pendant des semaines sans relève? Comment peut-on mener à bien des patrouilles quand des réservoirs de véhicules de certains agents commis à cette tâche sont à sec? Comment peut-on frapper comme la foudre et disparaître comme l’éclair si nos forces armées ne disposent pas de moyens aériens adaptés? Comment démasquer des terroristes quand la qualité de la collaboration entre FDS et populations civiles laisse à désirer? Comment déjouer des attentats quand certains rapports des services de renseignements sont classés sans suite?  Si l’on veut gagner la lutte contre le terrorisme, il faudrait que les Burkinabè se ressaisissent et se réapproprient les valeurs de civisme et d’intégrité d’antan.

 

Kabè YALO 

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